Vendredi 9 novembre 2007
LA NEF – Novembre 2007



Scouts d’Europe : en arrière toute !



A l’heure où le pape Benoit XVI appelle à la réconciliation liturgique, les dirigeants des Scouts d’Europe semblent vouloir « verrouiller » le mouvement pour empêcher une quelconque extension de la liturgie traditionnelle en leur sein.



Grande thérapie interne et chasse aux sorcières au sein du mouvement des Guides et Scouts d’Europe (GSE). A l’heure où le pape Benoit XVI fait tout pour ouvrir des portes, un communiqué du 9 octobre, confirmé le 15, des commissaires nationaux de cette association relance la « guerre des rites ». Les responsables locaux du mouvement ont en effet reçu un document énonçant trois mesures restrictives :

- la création d’un nouveau groupe ne peut se faire autour d’une spécificité liturgique (i.e la forme extraordinaire du missel).

- seule la forme ordinaire du missel sera choisie pour toutes les activités scoutes et guides dans le cadre du mouvement.

- les unités doivent être accompagnées par des conseillers religieux qui célèbrent habituellement selon la forme ordinaire.



Ces dispositions, qu’on espère ne pas avoir été votées à l’unanimité par le conseil d’administration, sont signées par Marie-Hélène Morel et Jean-Michel Permingeat, commissaires nationaux des branches filles et garçons. Monseigneur Benoît Rivière, évêque d’Autun et par ailleurs président de la commission épiscopale pour la pastorale des enfants et des jeunes, l’approuve. Le père Philippe Caill, du diocèse de Paris, conseiller religieux des équipes nationales offre ses services pour expliquer le texte.

Cette petite équipe semble en fait être très inquiète de l’image traditionnelle ou conservatrice qui colle au mouvement depuis des années et, trop soumise au « politiquement correct », souhaiterait s’en démarquer, au risque de se couper de sa base et de perdre son identité.



En attendant, la hiérarchie des GSE manifeste sa méconnaissance totale du « dossier tradi » et une peur déraisonnée de ce qu’il peut représenter. Avant la publication du Motu Proprio libéralisant la messe tridentine, elle reconnaissait son appréhension devant les « dérives romaines possibles ».



Des signes avant coureurs dénotaient d’ailleurs ici ou là de vraies crispations sur la question liturgique en général. Les exemples foisonnent : lors du congrès romain des conseillers religieux en 2006, et alors que l’Eucharistie quotidienne est célébrée dans le missel de Paul VI en latin - du fait de la présence de prêtres de tous les pays d’Europe - un communiqué est adressé au retour des prêtres français, présentant les excuses de l’équipe nationale et affirmant que celle-ci « ne s’est pas reconnue » dans la liturgie pratiquée. Celle que le pape célèbre tous les jours …

Plus récemment, on note le sectarisme de la section française lors du rassemblement international en Pologne d’août dernier, qui dissuade les aînés des deux branches (filles et garçons) à participer à la messe d’ouverture du rassemblement, célébrée dans une liturgie catholique mais de rite oriental. « La vérité, comme l’explique l’abbé Loiseau, du diocèse de Toulon, c’est que les Scouts d'Europe deviennent plus durs qu'en 1988 et interdisent toute création d'unité avec le rit extraordinaire même à la demande d'un évêque. On (nous) répond avec un certain mépris que cela ne concerne que quelques dizaines de louveteaux puis on affirme que si la permission est donnée, cela deviendra dangereux parce que les GSE seront submergés de demandes ! ».



Certains n’hésitent pas à dire que cette crise liturgique interne est en fait plus profonde. Ici ou là, les langues se délient pour évoquer le manque de subsidiarité au sein du mouvement.

On critique le manque de confiance de la hiérarchie nationale envers les équipes locales qui pourtant quadrillent le terrain. On parle de cette commissaire de province « remerciée » brutalement deux mois après que la commissaire nationale ait reçu son engagement d’aînée parce que suspectée de ne pas être dans « l’esprit du parti », on commente la décision unilatérale du Centre National de fermer un camp de guides dans l’Est contre l’avis des responsables de la région Lorraine et Alsace, on murmure contre l’opacité et le mystère qui entourent la création de commissions nationales de réflexion (sur l’avenir de l’uniforme entre autres …), on fait valoir que « l’unité n’est pas l’uniformité » …L’assemblée Générale de 2007 entérine cette tension interne : plus de 30 % des votants refusent le rapport moral.



Les responsables nationaux font la sourde oreille. La mise à jour qu’ils publient en matière liturgique va plus loin. On y sent un repli gallican digne des années d’après concile et un esprit d’exclusion loin de l’Evangile : les intolérants ne sont finalement pas là où l’on croit ! 
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Dans Famille chrétienne, Marie Hélène Morel (commissaire générale branche guide) justifie ainsi l'attitude de la Fédération Française des Scouts d'Europe :

"Nous bénéficions d'une autonomie statutaire, qui nous permet d'édicter des règles particulières, ce qui ne veut pas dire que nous ne reconnaissons pas la légitimité de l'ancien missel. Seulement, la pratique liturgique de notre mouvement se fait selon le rite de celui de Paul VI".

Alors que le Motu Proprio parle d'un seul "rite", sous deux "formes".

L'évêque de Vannes répond :

"Le texte publié par l'association française des Guides et Scouts d'Europe est maladroit. C'est un abus de droit, parce qu'une norme particulière ne peut pas restreindre les facultés accordées par une norme générale".

Par manifestonsnous
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